Seule femme programmée à l’ouverture de la onzième édition du Festival Panafricain de Musique (FESPAM), la Reine du Slam congolais a enflammé la scène du festival avec son texte très percutant en présence du chef de l’État son excellence Monsieur Denis Sassou Nguesso, la première Dame, d’autres membres du gouvernement et invités prestigieux.

Voici l’intégralité de son texte déclamé ce soir :

Mesdames et messieurs
En vos rangs, grades et honneurs
Par ce slam déclamé dans ce stade
Ma voix de slameuse vous souhaite boyei malamu
Bienvenus au pays de la Rumba, du rafia, du saka saka, berceau de la SAPE, ici dans ce mythique Massamba Débat.
Ce soir, à l’encre de ma plume,
Dessinons, au Congo, cette Afrique forte et fière
De ses racines et de ses ailes
De sa chaleur humaine, ses villes verdoyantes, son Mont Nambemba luxuriant
Son sommet du Kilimandjaro, Son majestueux fleuve Congo, sa forêt équatoriale poumon du monde
Ses artistes à l’inspiration qui abonde
Entre les avenues de son destin, vous trouverez le métissage des fois, des âges et des couleurs
De l’Afrique du Sud à la Tunisie, du Gabon à la Somalie
L’Afrique vibre aux rythmes de sa richesse culturelle

Son Excellence Monsieur le Président de la République du Congo
Monsieur Denis Sassou Nguesso
Une maison qui reçoit est une maison bénie dit-on
Un père qui chérit ses enfants au même titre est un père bienveillant.
Dans un climat de paix, nous pouvons investir dans la promotion de nos valeurs culturelles
Nous réapproprier nos richesses universelles.
Après 8 ans d’hibernation
On a ouïe tant de réclamations
Et aujourd’hui, vous avez écouté la voix de la nation
Et relancé le FESPAM pour sa 11e édition.
Recevez donc l’expression de nos chaleureux remerciements

Remerciements pour avoir su et compris que l’économie africaine est culturelle
Que la jeunesse africaine est créative et respire l’art de façon passionnelle et inconditionnelle
Que nos rythmes sont légendaires
Que notre rumba d’abord identitaire devient ensuite universelle
Même si avant qu’elle ne devienne patrimoine immatérielle de l’humanité par l’UNESCO
Sur son chemin
Vrombit, rouspète, s’éteint et se rallume des péripéties
Pourtant à ses côtés aujourd’hui, jazz, soul, slam et autres cohabitent en synergie

Son excellence, merci de voir en notre créativité le symbole de notre unité
La vitrine de nos rêves et la bouffée d’oxygène de nos réalités

Et si la culture nous rassemble aujourd’hui, c’est parce qu’elle est au fond le socle de notre émergence dans toute sa diversité
Aujourd’hui nous devons écrire demain
Pour que hier soit fier de l’héritage que nos ancêtres nous ont transmis
Et que nous devons transmettre à nos filles et fils

Excellence, le drapeau de la patrie est plus éclatant
Quand les artistes y mettent plus de lumière ici et au-delà du continent
Slamons ensemble, chantons ensemble, dansons ensemble
Pendant et après ce festival panafricain de la musique
Pour bâtir ensemble l’Afrique avec les outils de la culture

Congo terre qui nous porte sur sa peau
Qu’on porte dans nos cœurs, nos entrailles, nos corps
Et emporte où que les vents poétiques nous mènent
Et ceux malgré les vicissitudes de la vie qui nous malmènent
Tes tamtams font résonner la voix du changement
Le son de ton émancipation gronde
Notre dévotion pour ton éclosion est si grande
Même aveugle, on voit combien tu brilles sur les toits du monde.
Sur les chantiers de ton rayonnement
Chacun devra apporter sa pierre à l’édifice de ton élévation.
Puisque même au milieu de la boue la rose peut éclore
Les portes de l’emploi, de l’industrialisation, des spectacles, des tournées ne seront plus closes
Nous serons prêts à affronter les épines ensemble
Pour décrocher la rose de nos libertés, celles qui nous rassemblent
Celles qui nous ressemblent, sans fait semblant
Ensemble nous y parviendrons si on met en avant la culture d’abord
Car l’histoire nous a appris à parler d’un même ton
Pour ne pas subir le temps, nous viendrons
Sur la table des grands pour chanter notre humanité

Tel un arc en ciel d’espoir, scander en chœur l’unité dans la diversité
Se laver de nos errances
S’élever au-dessus de nos différences
De nos barbelés, des égocentrismes qui nous font tourner en rond

Tous ici Africains ou citoyens du monde, liés par cette fibre artistique
Que notre panafricanité, que notre humanité triomphe, pour une fraternité réelle
Une solidarité qui sera plus un mirage
Une myriade de libertés, de lumières et d’opportunités
En toute égalité et équité.

Les lions ne font pas les criquets
Les éléphants ne font pas des moutons
Nous sommes la somme de nos tolérances et de nos silences
Le continent compte sur nos intelligences, notre dévouement, notre force et notre bravoure
Travaillons à briser les murs qui nous condamnent dans la position de l’autruche

Travaillons à hisser le dur labeur de ces femmes et hommes qui rendent vrai le rêve africain

Pour que les beaux jours de la rumba soient dressés
Aujourd’hui les boulevards de son rayonnement il nous faut tracer
De belles couleurs elle doit être décorée
Taisons donc nos appartenances idéologiques, nos carcans
Car au-delà de nos différences, il y’a la paix dans nos pays
Chérissons donc patriotisme

Car ici ce qui prévaut
C’est la culture d’abord

Rumba reçue des mains de nos pères
De Paulo Kamba aux Bantous de la Capitale
Tel au mbongui, s’unir autour d’elle pour nous est capital

Nous filles et fils de la terre mère
Sommes fiers et prêts pour cette nouvelle ère culturelle qui souffle sous nos tropiques
Au nom du Slam, des arts et des congolais, je nous souhaite aux cultures africaines, plus d’étoiles et d’âges d’or

Vive la Rumba, Vive le fespam, vive l’Afrique !